Équipe du Togo des année 1960
Mémoires, Togo Foot

Le Togo, pays de virtuoses, doit se replacer parmi les grandes nations de football

Il nous est difficile de reconnaître par les temps qui courent,  l’Équipe Nationale du Togo. Elle ne ressemble à aucune de ses devancières tant ses performances sont médiocres. Dans son ascension vers le haut niveau mondial, de 1998 à 2006, l’Équipe du Togo nous avaient fait rêver, rendus fiers d’être Togolais. Ils ont fait honneur au pays et lui ont rendu sa dignité, l’espace d’un instant sur l’échelle immense du temps. Cette Équipe du Togo, plus connue sous l’appellation des Éperviers du Togo, a réussi le pari de mobiliser tout le peuple pour une qualification historique à une phase finale de la Coupe du Monde. C’était le Mondial 2006, en Allemagne.

Les virtuoses togolaises des années 1950, 1960 et 1970

ASC Étoile Filante de Lomé des années 1960
ASC Étoile Filante de Lomé des années 1960 avec le phénoménal milieu offensif, Docteur Kaolo, et l’extraordinaire gardien de but Tommy Sylvestre.

Ce groupe des Éperviers du Togo du début des années 2000, désormais entré dans l’histoire du football togolais, africain et mondial, a fait honneur aux Équipes du Togo des années 1950, 1960 et 1970, qui furent également des pionniers en leur époque. Le dénominateur commun de toutes ces Équipes du Togo, c’était le socle sur lequel elles furent bâties : des dirigeants compétents et probes, une bonne organisation, une planification efficace et une gestion adéquate des ressources disponibles. À partir de cette base, les dirigeants d’alors ont su mobiliser les ressources complémentaires nécessaires à la réalisation des objectifs. Et les performances ont suivi.

Comme quoi, le talent des footballeurs s’épanouit, leur amour pour le pays se consolide, leur détermination s’accroit et les performances suivent lorsque les équipes bénéficient de ressources humaines compétentes et cultivées, d’une planification, d’une organisation et d’une gestion efficaces.

Les héros de la qualification à la phase finale de la Coupe du Monde 2006

Sur l’effectif total des jeunes joueurs, combien de jeunes footballeurs U20 connaissent les noms et les exploits des Éperviers du Togo qui ont qualifié le Togo à sa première phase finale de la Coupe du Monde, Allemagne 2006 ? Un sondage que nous avons réalisé indique moins de 30%. Et plus le joueur est jeune, plus le taux baisse. Pourtant, à part le regretté arrière central, Tchangaï Massamaesso, paix à son âme, ils sont tous vivants, les Abalo Dosseh, Kader Cougbadja, Nibombe Daré, Agassa Kossi, Olufadé Adekanmi, Mamah Gafar, Shérif Touré, Senaya Junior, tous des héros de la qualification historique. Combien de centres de formation ou de clubs de football les a invités à raconter leur vécu de la campagne de qualification à la Coupe du Monde 2006 ? Combien ? Écouter ce récit de la bouche même des héros aurait eu un grand bénéfice pour les jeunes.

La génération présente de footballeur togolais manque de mémoire historique. La faute en incombe à leurs formateurs qui manifestement ne connaissent pas l’importance de la mémoire dans l’éducation et la formation continue de l’être humain. Sinon, ils auraient mobilisé les ressources nécessaires pour se documenter et faire dispenser à leurs pupilles la formation historique qui sied. Avant de remonter le temps vers les années de luttes acharnées pour vaincre la colonisation et recouvrer la souveraineté des peuples du Togo et réaffirmer celle de la nation togolaise naissante, arrêtons-nous au début des années 2000.

L’Équipe du Togo des années 1950

S’ils connaissent fort peu les héros du 8 octobre 2005, date de la qualification historique au Mondial 2006, qualification obtenue de haute lutte à Brazzaville face à la sélection congolaise, les jeunes footballeurs togolais, sans doute, n’ont jamais entendu parler des virtuoses du ballon rond du passé comme celles qui figurent sur cette photo ci-dessous. En ces temps-là, le Togo inspirait le respect et l’admiration sur la scène internationale. Les Équipes du Togo de cette époque-là n’ont rien à voir les Éperviers du sélectionneur Claude Le Roy, quant aux performances et à la beauté du jeu pratiqué.

« Une époque révolue car avec de tels joueurs, le Togo d’il y a soixante années, donnait du fil à retordre à des sélections nationales ou formations tchécoslovaques, allemandes, de l’ex Yougoslavie » nous révèle Ékoué Satchivi, une mémoire du football togolais. Il évoque : « Le Nigéria, le Burkina (ex Haute-Volta), le Nigéria, le Dahomey (Bénin), la Mauritanie, le Liberia, le Sénégal, le Gabon, le Kenya et autres Cap Vert, voire la Guinée Bissau, éprouvaient moult difficultés en jouant le Togo qui traitait d’égal à égal avec le Ghana, le Mali ou la Côte d’Ivoire. »

Laissons Ékoué Satchivi nous présenter les magiciens de foot des années 1950

Équipe du Togo dans les années 1950
Équipe du Togo dans les années 1950-Des talents dotés d’une grande intelligence de jeu, avaient prouvé que le Togo, géographiquement petit, pouvait devenir une grande nation de football, sinon la meilleure, à condition que les Togolais aient confiance en eux-mêmes et travaillent à réaliser l’objectif.
Sur ce cliché d’archives ci-contre, on peut reconnaître, debout de gauche à droite :

l’inspecteur des sports, Robert Chevron, sélectionneur, et un des pionniers de l’expérimentation au Togo des compétitions sportives en milieu scolaire. Ayivor Comlanvi Kamalotor était un portier fort connu à la Modèle et au sein des Diables Rouges, actuel Dynamic Togolais ( Dyto FC de Lomé ). Têtêvi (Essor de Lomé); Labitey (Essor de Lomé); Klikan (Union Sportive du Togo). Charles Ayivi Fandalor ( Modèle ou Yellow Fever de Lomé), joueur talentueux, il fut reconverti entraîneur du Yellow Fever. Il prit ensuite les commande de la sélection A du Togo. Ensuite, il devint coach de l’Entente 2. Enfin, il occupa les fonctions de Vice-Président de la FTF.

Aux côtés de Charles Ayivi Fandalor, on trouve Oscar Komlan Anthony. C’était un joueur issu d’une famille de sportifs. Défenseur, il a passé par Forêt Inabordable, un club de quartier à Sanoussi-Komé, avant d’éclore sous les couleurs de l’ASC Etoile Filante de Lomé. Il devint entraîneur de l’ASC Etoile Filante de Lomé et perdit en 1968, la finale (5-0 et 1-4) de la Coupe des Clubs Champions (Ligue des Champions de la CAF) face au redoutable TP Englebert (actuel TP Mazembe) de Lubumbashi (RD Congo).

Oscar Komlan Anthony, fut sélectionneur du Togo, entraîneur des Aiglons et expert sportif notamment auprès de Doumbe FC de Mango, Semassi de Sokodé, pendant leurs campagnes africaines. Oscar était de la génération d’autres entraîneurs de renom, notamment Désiré Tossoukpé, Daté Hodê, Charles Fandalor Ayivi, Firmin Aguiar, Jazzar Rodolph (du Racing Club de Lomé) et Santos Adowè. Et enfin, René Florian, sélectionneur adjoint de Robert Chevron. Il prendra plus tard la relève de Chevron aux commandes de la Sélection du Togo.

Accroupis de gauche à droite :

Amégbleto dit Coup Sec (AS PTT). Wilson dit Under Blouse (Modèle). Germain Moèvi (Essor). Il était le frère de Gilbert Moèvi qui évolua au FC Bordeaux en France. Djibril Karimou (ASC Etoile Filante de Lomé). Il fut transféré à AS Monaco où il fut coéquipier d’un certain Michel Hidalgo, futur sélectionneur de l’Équipe de France. Djibril évolua également au FC Toulon. Il fut un des rares joueurs togolais à soulever la Coupe de France. Karion comme on l’appelait, est encore vivant. Il aura bientôt 85 ans.

Et enfin, Edmond Kossivi Afangbédji  (ASC Etoile Filante de Lomé). Il aurait pu faire une excellente carrière en Europe. Mais pour l’amour voué à sa mère malade à l’époque, ce joueur court sur ses jambes, très technique, fin dribbleur, véritable stratège et buteur prolifique que d’aucuns affirment être le « meilleur joueur togolais de tous les temps », déclina l’offre du club Stade de France. Agent de la UAC, il meurt en 1995 à Lomé.

P.S

PS : Une photo publiée par Jonas DOSSEVI, Ancien défenseur central à Clermont Ferrand avec les frères Chiesa. Expert -Comptable togolais à la retraite à Paris, il est le frère aîné d’Otheniel du PSG et de Pierre-Antoine DOSSEVI, du FC Tours, et de Dunkerque (le père biologique des Éperviers Thomas et Mathieu). ©Ekoué Satchivi

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Expertise

Missions et enjeux véritables du sport

Le sport n’a pas uniquement pour but de divertir les foules. Il sert surtout à bâtir ou à détruire des États ou des nations.

Le sport est une arme puissante du « soft war ». Les compétitions sportives sont des guerres psychologiques et mentales. Parce qu’elles touchent aux tréfonds même des individus et aux capacités mentales des peuples, ces « guerres douces » comme on les appelle, ont des effets beaucoup plus dévastateurs que les guerres conventionnelles. Pour le commun des mortels, les compétitions sportives ne sont rien d’autre que des divertissements, mais il réagit émotionnellement comme si elles servaient à conférer aux vainqueurs et aux vaincus des statuts de Puissants ou de Vassaux, de Maîtres ou d’Esclaves. Et comme les peuples n’aiment pas la vassalité ou l’esclavage, on peut aisément deviner leur réaction en cas d’une série de défaites.

Les enjeux d’ordre psychologique et mental du sport

Dans les compétitions sportives, le gain d’un match n’est pas que le plaisir éphémère de la victoire. Le véritable enjeu est d’ordre psychologique et mental. En effet, une série de victoires ou de belles performances est toujours synonyme de fierté individuelle, d’honneur et de dignité du peuple. Elle assure le rapprochement entre les populations, les dirigeants sportifs et politiques d’un même État. Elle contribue enfin au renforcement de la cohésion sociale et de l’unité nationale.

Au contraire, une série de défaites ou de prestations médiocres s’apparente pour le peuple à une incapacité de ses dirigeants sportifs et politiques à assurer une bonne gouvernance. Elle illustre de ce fait, l’incapacité des autorités à prendre les bonnes décisions devant permettre la régularité dans les performances. Les défaites successives représentent donc aux yeux des populations, l’image même de l’incompétence le plus abject de leurs dirigeants. Dès lors, elles n’auront d’autres objectifs que de se débarrasser de leurs dirigeants. Le sport n’est pas donc qu’un simple spectacle ayant pour finalité de divertir les foules.

L’essence du sport

L’essence du sport, c’est d’une part, d’inculquer et diffuser les valeurs de la société humaine : vertus du savoir, du savoir-faire, de la performance et du partage. D’autre part, c’est de véhiculer des fonctions symboliques typiques de la société humaine, notamment la fonction cathartique de modèle d’identification et de modèle d’ascension sociale.

Le sport développe de véritables modèles d’identification dans la mesure où les sportifs qui réalisent des performances de haut niveau sont perçus comme des héros, des mythes vivants, des exemples à suivre.

Le sport, en tant que modèle d’ascension sociale, permet :

  1. de briser certains stéréotypes négatifs attachés à certaines populations stigmatisées, dans la mesure où l’achèvement ou la réussite d’une performance permet de relier des caractéristiques positives aux populations initialement marquées ;
  2. de fournir ou d’amener une issue possible à une situation devenue socialement inconfortable.

Une équipe sportive performante permet aux individus d’une même communauté ou aux populations hétérogènes d’un même territoire de penser un destin commun, de trouver un point de ralliement pour satisfaire leur soif de bien-être, de fierté, de dignité et d’honneur, pour construire, unies, une nation souveraine et respectée. Tout dirigeant qui ne s’inscrit pas dans cette logique est condamné à être chassé du pouvoir par son peuple. Les dirigeants togolais n’échapperont pas à leur sort s’ils continuent à laisser courir la dynamique des mauvaises prestations.

Les enjeux réels des compétitions internationales

Lorsqu’on joue un match amical ou de compétition, le véritable enjeu est d’ordre psychologique et mental. Lorsqu’une nation réalise de belles performances, elle est célébrée avec beaucoup de ferveur. On lui témoigne de l’admiration et du respect pour l’efficacité de son organisation, la justesse de sa planification et la bonne gestion de ses ressources humaines, financières, techniques et matérielles.

Cependant, lorsqu’une nation réalise des séries de contre-performances, on pense légitimement que ses autorités politiques et sportifs sont des incompétents, donc indignes de diriger. Cette pensée, dans toute nation, est le premier pas qui conduit aux révoltes populaires ou aux révolutions sanglantes de palais. C’est un fait qu’il existe au tréfonds de l’être humain, une détestation et une haine absolues de la mauvaise gouvernance, fille d’un manque de connaissances et de volonté de progresser, deux facteurs qui contribuent à l’élimination physique et mentale définitive de tout individu ou de tout peuple qui en souffre.

À l’exception de l’intermède des deux mandats du président Rock Gnassingbé de 1998 à 2006, mandats qui ont connu la qualification assez régulière du pays aux phases finales de la CAN et culminé avec une qualification historique à la phase finale de la Coupe du Monde 2006 en Allemagne, sans oublier l’épisode de la qualification en quart de finale de la CAN en 2010 en Afrique du Sud, le Togo de 1984 jusqu’à nos jours a accumulé les contre-performances sur la scène internationale. Le sélectionneur Claude Le Roy prolonge cette anomalie à la tête des Éperviers, avec tout l’appui manifeste des autorités sportives et politiques. C’est tout dire.

Les dirigeants sportifs et politiques du Togo sont condamnés à disparaître si…

Cette dynamique d’échecs et de défaites semble inéluctable. Elle sape le moral des Togolais et les rends rétifs aux discours de leurs autorités sportives et politiques, du président de la république aux autorités locales. La révolte gronde sourdement et une révolution de palais se profile à l’horizon, tant la situation intérieure est devenue intenable.

Les dirigeants togolais se condamnent à disparaître s’ils maintiennent le cap actuel de la mauvaise gestion de la chose sportive, de la mauvaise gouvernance caractérisée par l’ignorance ou la méconnaissances des besoins réels du peuple. Quel sera le déclic, l’élément déclencheur de la révolte populaire ou de la révolution de palais qui s’annonce ? Personne ne le sait. Mais, un jour, probablement proche, une défaite sportive de trop peut être l’étincelle qui fait sauter la poudrière. Et le football étant la seconde religion des Togolais…