WOME Dove, un des Éperviers du Togo à la relance au pays.
Sélections, Togo Foot

Ces Éperviers professionnels en difficulté à l’étranger, à la relance au pays

Des Éperviers du Togo, des professionnels en difficulté à l’étranger, préfèrent rentrer au pays pour se relancer. Pourtant, le rêve de tout jeune football est d’embrasser le plus tôt une carrière professionnelle. Et généralement au Togo cette noble ambition se matérialise par une carrière à l’étranger. Mais lorsque l’inverse se produit et de jeunes footballeurs professionnels ayant connu des championnats à travers le monde, pour une raison ou une autre, sont contraints de revenir au pays pour se relancer, on peut facilement imaginer la charge émotionnelle que cela peut constituer. Au Togo, ce n’est pas courant après l’ère Salou Tadjou et Senaya Junior.

Une question de mentalité

Des critères qui ont milité en faveur du choix du club militaire, Mani Sapol déclare : « Beaucoup de personnes pensent que c’est à cause de l’argent, mais je peux les rassurer. C’est pour mes bonnes relations avec les responsables de Dyto. »
Des critères qui ont milité en faveur du choix du club militaire, Mani Sapol déclare : « Beaucoup de personnes pensent que c’est à cause de l’argent, mais je peux les rassurer. C’est pour mes bonnes relations avec les responsables de Dyto. »

Aujourd’hui, les mentalités ont drastiquement évolué. Ils sont presqu’une dizaine à rejoindre le bercail. Parmi eux, plusieurs internationaux ayant étrenné la tunique jaune et vert des Éperviers, la sélection du Togo. Il s’agit de Mani Sapol, Wome Dove, Aloenouvo Backer, Aguidi Foovi et Eninful Kacla.

Se Sports pour évaluer le nouvel état d’esprit de ces internationaux à la relance au pays, a effectué une descente dans leur nouvelle vie à Lomé pour les uns et à Kpalimé pour les autres. Dans ce contingent de joueurs, beaucoup ont cédé aux sirènes du Dynamic Togolais (DYTO). Comment le choix de club a-t-il été opéré ? Comment affrontent-ils les regards indiscrets ? Comment envisagent-ils la suite de leur carrière professionnelle ?

Mani Sapol, le détonateur

C’est tout souriant que Mani Sapol, milieu offensif de Dyto, a accepté répondre à nos questions sur son retour au pays. « Je vais répondre avec joie. Je vais vous dire effectivement ce qui s’est passé.  Il s’est fait que physiquement, j’ai eu des soucis lorsque j’étais à Moldavie. Il a fallu que je subisse une intervention chirurgicale. Après quelques mois de repos médical, je devrais commencer ma rééducation. Mais il ne me restait que trois mois de contrat.

Il s’était révélé difficile pour le club de renouveler le contrat d’un joueur blessé qui arrive au terme de son contrat. Nous avons trouvé un accord à l’amiable, le temps de faire ma rééducation et me relancer. Je suis donc rentré au pays et j’ai choisi Dyto » a déclaré Sapol. Le milieu international a précisé aussi les critères qui ont milité en faveur du choix du club militaire : « Beaucoup de personnes pensent que c’est à cause de l’argent, mais je peux les rassurer. C’est pour mes bonnes relations avec les responsables de Dyto. »

Mani Sapol ajoute : « J’ai discuté avec beaucoup de personnes dans le staff de Dyto, que ce soit au niveau de l’administration ou avec le coach de Dyto. Ils ont tout fait pour me mettre dans de bonnes conditions pour que j’arrive à m’épanouir et me sentir à l’aise dans ce championnat qui est difficile. Donc pour être bref, je suis venu à Dyto grâce à mes relations. »

Continuer à avoir de l’ambition et y croire

A 26 ans, l’ancien joueur du FC Dacia (Moldavie) et de Al Ittihad de Tripoli (Libye) nourrit de très grosses ambitions : « Quand je rentre dans la douche qui pour moi est le lieu propice pour réfléchir, je me pose des questions. Est-ce que Mani peut encore dribbler ? Oui, il peut encore marquer des buts ? Je dis oui, est ce qu’il peut encore faire des efforts ? Oui. Alors pourquoi ne pas avoir des ambitions comme si on avait encore 16 ans. Mes ambitions sont encore plus grandes que ce que les gens pensent. Moi Mani Sapol j’ai encore des choses à prouver. »

Pour conclure, il nous confie : « Je ne suis pas le premier à revenir jouer un pays. Des gens ont vu en moi un exemple, ils sont revenus jouer, essaient de se mettre en forme pour se relancer afin d’avoir de nouveau des chances de jouer dans des championnats étrangers. »

Nominé en 2008 parmi les 50 meilleurs jeunes Espoirs du Monde par le Magazine anglais World Soccer, Mani Sapol compte plus d’une dizaine de sélections avec la Sélection nationale et reste l’un des plus doué de sa génération

Eninful Kacla, un des Éperviers globe-trotter

ENINFUL KACLA
Eninful Kacla nous confie : « Je ne suis pas le premier à revenir jouer un pays. Des gens ont vu en moi un exemple, ils sont revenus jouer, essaient de se mettre en forme pour se relancer afin d’avoir de nouveau des chances de jouer dans des championnats étrangers.»

L’ancien défenseur central de l’Entente 2 de Lomé n’a rien perdu de son humour habituel. Après avoir fait le tour des clubs du Togo, Eninful Kacla trouve que « le Dynamique Togolais est le club qui me va le mieux et j’estime qu’avec ce club, je pourrais me relancer. Comme on dit souvent, il vaut mieux reculer pour mieux sauter. » Véritable globe-trotter, le milieu défensif, en dehors du Togo, a fait la Syrie, la Moldavie, l’Iran, la Chine, la Tunisie et tout récemment le Gabon. Il avoue que « Le championnat togolais n’est pas de haut niveau. À l’étranger, dans certains clubs, parfois tu es le seul étranger et tu es obligé de donner le meilleur de toi-même pour garder ta place… » Pourtant, ce constat n’empêche pas Eninful de mouiller le maillot pour bien maintenir la forme.

Le milieu international explique que lui et certains joueurs avaient décidé que si leur aventure à l’étranger tourne mal, il leur faudrait rentrer au pays. Ce qu’ils ont fait. Il saisit donc l’occasion pour remercier ses amis d’avoir tenu leur parole et clarifier certains points : « Tout d’abord je remercie Mani, Dové, Aguidi, Backer, parce qu’ils ont tenu parole. Nous avons toujours dit que si nous pensons que cela ne va pas, nous rentrerons au pays pour jouer. Mais, quand on rentre, les gens pensent qu’on est fini. Non, ce n’est pas vrai. Souvent dans nos clubs à l’extérieur, nous réclamons des améliorations de conditions de travail. Et quand les dirigeants du club refusent d’y accéder, nous ne pouvons rien faire d’autres que de rentrer au pays. »

Et pour conclure, Eninful se réjouit : « Moi, je félicite ceux qui rentrent pour se relancer parce que ce n’est pas facile… mais c’est dans la tête que ça se passe. »

Wome Dove, la surprise royale

Dans le lot des internationaux togolais, il a été la plus grosse surprise lorsque son retour a été signalé à Gomido FC de Kpalimé. Encore sous contrat avec Super Sport United en Afrique du Sud, le jeune milieu offensif des Éperviers (26 ans) a résilié son contrat pour rentrer au pays. « Les raisons de mon retour sont claires. J’ai bien résilié le reste de mon contrat avec Supersports United, il me restait d’ailleurs 6 mois, et ceci pour des raisons personnelles. Je n’ai pas hésité à faire le choix du pays parce que je pense que ce championnat qui est très compétitif peut me permettre d’être en forme et me relancer très vite.  Le choix de Gomido qui d’ailleurs a un bon terrain et des ambitions, m’a bien surpris par le rang qu’il occupe dans le classement actuel. C’est clair pour moi que Gomido veut jouer les premiers rôles dans ce championnat, c’est le genre de club dont j’avais besoin. D’ailleurs, mon intégration s’est faite très rapidement. J’ai trouvé des coéquipiers très sympas et compétents » a glissé l’ancien joueur de Maranatha de Fiokpo.

Il regrette néanmoins certains écarts comportementaux des supporters d’Ifodje d’Atakpamé lors des seizièmes de finale de la Coupe du Togo : « Le langage du foot est commun, juste que les conditions sont un peu difficiles ici au TOGO, mais j’y étais avant et je savais un peu ce qui m’attendais. Je m’adapte donc au fur et à mesure des matchs. Dimanche 18 mars dernier par exemple, j’ai assisté à des scènes de violence sur le terrain d’Atakpamé.

Les risques du métier de footballeur

WOME Dove
WOME Dove : « J’ai bien résilié le reste de mon contrat avec Supersports United, il me restait d’ailleurs 6 mois, et ceci pour des raisons personnelles. Je n’ai pas hésité à faire le choix du pays parce que je pense que ce championnat qui est très compétitif. »

Après notre victoire sur Ifodje (par tirs au but, temps réglementaire 0-0) lors des 16es de la Coupe du Togo, des supporters enragés ont envahi notre banc de touche au coup de sifflet final et ont même frappé des joueurs. J’étais particulièrement visé par des jets de pierre. Nous avons eu la vie sauve grâce aux forces de l’ordre venues en renfort….  Je revis ça en fait. »

Tout comme Aguidi Fovi, il a ouvert son compteur but dès son premier match face à Asko de Kara à Kpalimé. Pour son baptême de feu, l’adoption ne peut être que totale et entière. Wome Dove qui a participé à la Coupe d’Afrique des Nations Afrique du Sud 2013 ne perd aucunement espoir de rebondir. « Comme tout joueur, c’est d’être en forme et de trouver un bon contrat professionnel. Donc Dove en fait partie.  Juste dire aux joueurs qui sont dans le même cas de ne pas hésiter à se relancer au pays si possible, puisque le talent moisit, il meurt quand on ne le met pas en pratique. Autrement dit, le muscle qui ne travaille pas s’atrophie ».

C’est une nouvelle page du football togolais qui s’ouvre avec cette constellation de joueurs qui se sont forgés un nouveau mental, un nouvel état d’esprit pour faire face à leur carrière avec plus d’abnégation et de rigueur. Et lorsque, entraîneur de Dyto, on est au milieu de tous ces joueurs, que ressent-on ? « D’abord c’est une fierté en tant qu’entraîneur d’avoir ces joueurs dans son effectif. Je leur tire mon chapeau parce que ce n’est pas facile de jouer dans un championnat professionnel et revenir recommencer à zéro dans un championnat dit amateur. »

Des clubs hôtes contents de l’aubaine offerte par les Éperviers

« Il faut dire que ces joueurs sont toujours à l’écoute de ce que je leur dis malgré leur niveau. Quand je les prends un à un, exemple Mani Sapol, c’est quelqu’un qui m’aide beaucoup. Parfois il me donne des conseils, Backer c’est quelqu’un qui est très compréhensif, Eninful est aux cotés des jeunes à qui il donne des conseils, de même que Aguidi qui travaille dur. La preuve, son premier match à Notse, vous avez vu ce que ça a donné.

Bref avec ces joueurs, je suis à l’aise en tant que coach. Personnellement je leur souhaite bonne chance pour qu’ils trouvent un autre club pourquoi pas mieux que Dyto » avance Fofana Diouf qui apprécie par ailleurs leur intégration et lance un appel de cœur aux autres joueurs en situation. « Si vous voyez l’ambiance dans le groupe, vu aussi ce qu’ils apportent à leurs petits frères, disons que je suis satisfait de leur présence. » Enfin, il conseille :

« Moi je leur dirai de prendre des exemples des joueurs comme Mani Sapol, quand vous voyez ce jeune, vu tout ce qu’il a fait dans sa carrière, Aguidi aussi Backer, ces gens ont joué dans la sélection A. Même Eninful, moi j’ai joué avec lui. Donc si eux, ils l’ont fait, pourquoi pas les autres qui sont là-bas sans club ou qui ont une carrière pas trop bonne ? C’est très important pour un joueur qui veut se relancer. Ne dites pas que c’est un championnat amateur, l’important c’est de se relancer. »

De quoi seront-ils capables à l’issue du championnat ?

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