Équipe du Togo des année 1960
Mémoires, Togo Foot

Le Togo, pays de virtuoses, doit se replacer parmi les grandes nations de football

Il nous est difficile de reconnaître par les temps qui courent,  l’Équipe Nationale du Togo. Elle ne ressemble à aucune de ses devancières tant ses performances sont médiocres. Dans son ascension vers le haut niveau mondial, de 1998 à 2006, l’Équipe du Togo nous avaient fait rêver, rendus fiers d’être Togolais. Ils ont fait honneur au pays et lui ont rendu sa dignité, l’espace d’un instant sur l’échelle immense du temps. Cette Équipe du Togo, plus connue sous l’appellation des Éperviers du Togo, a réussi le pari de mobiliser tout le peuple pour une qualification historique à une phase finale de la Coupe du Monde. C’était le Mondial 2006, en Allemagne.

Les virtuoses togolaises des années 1950, 1960 et 1970

ASC Étoile Filante de Lomé des années 1960
ASC Étoile Filante de Lomé des années 1960 avec le phénoménal milieu offensif, Docteur Kaolo, et l’extraordinaire gardien de but Tommy Sylvestre.

Ce groupe des Éperviers du Togo du début des années 2000, désormais entré dans l’histoire du football togolais, africain et mondial, a fait honneur aux Équipes du Togo des années 1950, 1960 et 1970, qui furent également des pionniers en leur époque. Le dénominateur commun de toutes ces Équipes du Togo, c’était le socle sur lequel elles furent bâties : des dirigeants compétents et probes, une bonne organisation, une planification efficace et une gestion adéquate des ressources disponibles. À partir de cette base, les dirigeants d’alors ont su mobiliser les ressources complémentaires nécessaires à la réalisation des objectifs. Et les performances ont suivi.

Comme quoi, le talent des footballeurs s’épanouit, leur amour pour le pays se consolide, leur détermination s’accroit et les performances suivent lorsque les équipes bénéficient de ressources humaines compétentes et cultivées, d’une planification, d’une organisation et d’une gestion efficaces.

Les héros de la qualification à la phase finale de la Coupe du Monde 2006

Sur l’effectif total des jeunes joueurs, combien de jeunes footballeurs U20 connaissent les noms et les exploits des Éperviers du Togo qui ont qualifié le Togo à sa première phase finale de la Coupe du Monde, Allemagne 2006 ? Un sondage que nous avons réalisé indique moins de 30%. Et plus le joueur est jeune, plus le taux baisse. Pourtant, à part le regretté arrière central, Tchangaï Massamaesso, paix à son âme, ils sont tous vivants, les Abalo Dosseh, Kader Cougbadja, Nibombe Daré, Agassa Kossi, Olufadé Adekanmi, Mamah Gafar, Shérif Touré, Senaya Junior, tous des héros de la qualification historique. Combien de centres de formation ou de clubs de football les a invités à raconter leur vécu de la campagne de qualification à la Coupe du Monde 2006 ? Combien ? Écouter ce récit de la bouche même des héros aurait eu un grand bénéfice pour les jeunes.

La génération présente de footballeur togolais manque de mémoire historique. La faute en incombe à leurs formateurs qui manifestement ne connaissent pas l’importance de la mémoire dans l’éducation et la formation continue de l’être humain. Sinon, ils auraient mobilisé les ressources nécessaires pour se documenter et faire dispenser à leurs pupilles la formation historique qui sied. Avant de remonter le temps vers les années de luttes acharnées pour vaincre la colonisation et recouvrer la souveraineté des peuples du Togo et réaffirmer celle de la nation togolaise naissante, arrêtons-nous au début des années 2000.

L’Équipe du Togo des années 1950

S’ils connaissent fort peu les héros du 8 octobre 2005, date de la qualification historique au Mondial 2006, qualification obtenue de haute lutte à Brazzaville face à la sélection congolaise, les jeunes footballeurs togolais, sans doute, n’ont jamais entendu parler des virtuoses du ballon rond du passé comme celles qui figurent sur cette photo ci-dessous. En ces temps-là, le Togo inspirait le respect et l’admiration sur la scène internationale. Les Équipes du Togo de cette époque-là n’ont rien à voir les Éperviers du sélectionneur Claude Le Roy, quant aux performances et à la beauté du jeu pratiqué.

« Une époque révolue car avec de tels joueurs, le Togo d’il y a soixante années, donnait du fil à retordre à des sélections nationales ou formations tchécoslovaques, allemandes, de l’ex Yougoslavie » nous révèle Ékoué Satchivi, une mémoire du football togolais. Il évoque : « Le Nigéria, le Burkina (ex Haute-Volta), le Nigéria, le Dahomey (Bénin), la Mauritanie, le Liberia, le Sénégal, le Gabon, le Kenya et autres Cap Vert, voire la Guinée Bissau, éprouvaient moult difficultés en jouant le Togo qui traitait d’égal à égal avec le Ghana, le Mali ou la Côte d’Ivoire. »

Laissons Ékoué Satchivi nous présenter les magiciens de foot des années 1950

Équipe du Togo dans les années 1950
Équipe du Togo dans les années 1950-Des talents dotés d’une grande intelligence de jeu, avaient prouvé que le Togo, géographiquement petit, pouvait devenir une grande nation de football, sinon la meilleure, à condition que les Togolais aient confiance en eux-mêmes et travaillent à réaliser l’objectif.
Sur ce cliché d’archives ci-contre, on peut reconnaître, debout de gauche à droite :

l’inspecteur des sports, Robert Chevron, sélectionneur, et un des pionniers de l’expérimentation au Togo des compétitions sportives en milieu scolaire. Ayivor Comlanvi Kamalotor était un portier fort connu à la Modèle et au sein des Diables Rouges, actuel Dynamic Togolais ( Dyto FC de Lomé ). Têtêvi (Essor de Lomé); Labitey (Essor de Lomé); Klikan (Union Sportive du Togo). Charles Ayivi Fandalor ( Modèle ou Yellow Fever de Lomé), joueur talentueux, il fut reconverti entraîneur du Yellow Fever. Il prit ensuite les commande de la sélection A du Togo. Ensuite, il devint coach de l’Entente 2. Enfin, il occupa les fonctions de Vice-Président de la FTF.

Aux côtés de Charles Ayivi Fandalor, on trouve Oscar Komlan Anthony. C’était un joueur issu d’une famille de sportifs. Défenseur, il a passé par Forêt Inabordable, un club de quartier à Sanoussi-Komé, avant d’éclore sous les couleurs de l’ASC Etoile Filante de Lomé. Il devint entraîneur de l’ASC Etoile Filante de Lomé et perdit en 1968, la finale (5-0 et 1-4) de la Coupe des Clubs Champions (Ligue des Champions de la CAF) face au redoutable TP Englebert (actuel TP Mazembe) de Lubumbashi (RD Congo).

Oscar Komlan Anthony, fut sélectionneur du Togo, entraîneur des Aiglons et expert sportif notamment auprès de Doumbe FC de Mango, Semassi de Sokodé, pendant leurs campagnes africaines. Oscar était de la génération d’autres entraîneurs de renom, notamment Désiré Tossoukpé, Daté Hodê, Charles Fandalor Ayivi, Firmin Aguiar, Jazzar Rodolph (du Racing Club de Lomé) et Santos Adowè. Et enfin, René Florian, sélectionneur adjoint de Robert Chevron. Il prendra plus tard la relève de Chevron aux commandes de la Sélection du Togo.

Accroupis de gauche à droite :

Amégbleto dit Coup Sec (AS PTT). Wilson dit Under Blouse (Modèle). Germain Moèvi (Essor). Il était le frère de Gilbert Moèvi qui évolua au FC Bordeaux en France. Djibril Karimou (ASC Etoile Filante de Lomé). Il fut transféré à AS Monaco où il fut coéquipier d’un certain Michel Hidalgo, futur sélectionneur de l’Équipe de France. Djibril évolua également au FC Toulon. Il fut un des rares joueurs togolais à soulever la Coupe de France. Karion comme on l’appelait, est encore vivant. Il aura bientôt 85 ans.

Et enfin, Edmond Kossivi Afangbédji  (ASC Etoile Filante de Lomé). Il aurait pu faire une excellente carrière en Europe. Mais pour l’amour voué à sa mère malade à l’époque, ce joueur court sur ses jambes, très technique, fin dribbleur, véritable stratège et buteur prolifique que d’aucuns affirment être le « meilleur joueur togolais de tous les temps », déclina l’offre du club Stade de France. Agent de la UAC, il meurt en 1995 à Lomé.

P.S

PS : Une photo publiée par Jonas DOSSEVI, Ancien défenseur central à Clermont Ferrand avec les frères Chiesa. Expert -Comptable togolais à la retraite à Paris, il est le frère aîné d’Otheniel du PSG et de Pierre-Antoine DOSSEVI, du FC Tours, et de Dunkerque (le père biologique des Éperviers Thomas et Mathieu). ©Ekoué Satchivi

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Expertise

Missions et enjeux véritables du sport

Le sport n’a pas uniquement pour but de divertir les foules. Il sert surtout à bâtir ou à détruire des États ou des nations.

Le sport est une arme puissante du « soft war ». Les compétitions sportives sont des guerres psychologiques et mentales. Parce qu’elles touchent aux tréfonds même des individus et aux capacités mentales des peuples, ces « guerres douces » comme on les appelle, ont des effets beaucoup plus dévastateurs que les guerres conventionnelles. Pour le commun des mortels, les compétitions sportives ne sont rien d’autre que des divertissements, mais il réagit émotionnellement comme si elles servaient à conférer aux vainqueurs et aux vaincus des statuts de Puissants ou de Vassaux, de Maîtres ou d’Esclaves. Et comme les peuples n’aiment pas la vassalité ou l’esclavage, on peut aisément deviner leur réaction en cas d’une série de défaites.

Les enjeux d’ordre psychologique et mental du sport

Dans les compétitions sportives, le gain d’un match n’est pas que le plaisir éphémère de la victoire. Le véritable enjeu est d’ordre psychologique et mental. En effet, une série de victoires ou de belles performances est toujours synonyme de fierté individuelle, d’honneur et de dignité du peuple. Elle assure le rapprochement entre les populations, les dirigeants sportifs et politiques d’un même État. Elle contribue enfin au renforcement de la cohésion sociale et de l’unité nationale.

Au contraire, une série de défaites ou de prestations médiocres s’apparente pour le peuple à une incapacité de ses dirigeants sportifs et politiques à assurer une bonne gouvernance. Elle illustre de ce fait, l’incapacité des autorités à prendre les bonnes décisions devant permettre la régularité dans les performances. Les défaites successives représentent donc aux yeux des populations, l’image même de l’incompétence le plus abject de leurs dirigeants. Dès lors, elles n’auront d’autres objectifs que de se débarrasser de leurs dirigeants. Le sport n’est pas donc qu’un simple spectacle ayant pour finalité de divertir les foules.

L’essence du sport

L’essence du sport, c’est d’une part, d’inculquer et diffuser les valeurs de la société humaine : vertus du savoir, du savoir-faire, de la performance et du partage. D’autre part, c’est de véhiculer des fonctions symboliques typiques de la société humaine, notamment la fonction cathartique de modèle d’identification et de modèle d’ascension sociale.

Le sport développe de véritables modèles d’identification dans la mesure où les sportifs qui réalisent des performances de haut niveau sont perçus comme des héros, des mythes vivants, des exemples à suivre.

Le sport, en tant que modèle d’ascension sociale, permet :

  1. de briser certains stéréotypes négatifs attachés à certaines populations stigmatisées, dans la mesure où l’achèvement ou la réussite d’une performance permet de relier des caractéristiques positives aux populations initialement marquées ;
  2. de fournir ou d’amener une issue possible à une situation devenue socialement inconfortable.

Une équipe sportive performante permet aux individus d’une même communauté ou aux populations hétérogènes d’un même territoire de penser un destin commun, de trouver un point de ralliement pour satisfaire leur soif de bien-être, de fierté, de dignité et d’honneur, pour construire, unies, une nation souveraine et respectée. Tout dirigeant qui ne s’inscrit pas dans cette logique est condamné à être chassé du pouvoir par son peuple. Les dirigeants togolais n’échapperont pas à leur sort s’ils continuent à laisser courir la dynamique des mauvaises prestations.

Les enjeux réels des compétitions internationales

Lorsqu’on joue un match amical ou de compétition, le véritable enjeu est d’ordre psychologique et mental. Lorsqu’une nation réalise de belles performances, elle est célébrée avec beaucoup de ferveur. On lui témoigne de l’admiration et du respect pour l’efficacité de son organisation, la justesse de sa planification et la bonne gestion de ses ressources humaines, financières, techniques et matérielles.

Cependant, lorsqu’une nation réalise des séries de contre-performances, on pense légitimement que ses autorités politiques et sportifs sont des incompétents, donc indignes de diriger. Cette pensée, dans toute nation, est le premier pas qui conduit aux révoltes populaires ou aux révolutions sanglantes de palais. C’est un fait qu’il existe au tréfonds de l’être humain, une détestation et une haine absolues de la mauvaise gouvernance, fille d’un manque de connaissances et de volonté de progresser, deux facteurs qui contribuent à l’élimination physique et mentale définitive de tout individu ou de tout peuple qui en souffre.

À l’exception de l’intermède des deux mandats du président Rock Gnassingbé de 1998 à 2006, mandats qui ont connu la qualification assez régulière du pays aux phases finales de la CAN et culminé avec une qualification historique à la phase finale de la Coupe du Monde 2006 en Allemagne, sans oublier l’épisode de la qualification en quart de finale de la CAN en 2010 en Afrique du Sud, le Togo de 1984 jusqu’à nos jours a accumulé les contre-performances sur la scène internationale. Le sélectionneur Claude Le Roy prolonge cette anomalie à la tête des Éperviers, avec tout l’appui manifeste des autorités sportives et politiques. C’est tout dire.

Les dirigeants sportifs et politiques du Togo sont condamnés à disparaître si…

Cette dynamique d’échecs et de défaites semble inéluctable. Elle sape le moral des Togolais et les rends rétifs aux discours de leurs autorités sportives et politiques, du président de la république aux autorités locales. La révolte gronde sourdement et une révolution de palais se profile à l’horizon, tant la situation intérieure est devenue intenable.

Les dirigeants togolais se condamnent à disparaître s’ils maintiennent le cap actuel de la mauvaise gestion de la chose sportive, de la mauvaise gouvernance caractérisée par l’ignorance ou la méconnaissances des besoins réels du peuple. Quel sera le déclic, l’élément déclencheur de la révolte populaire ou de la révolution de palais qui s’annonce ? Personne ne le sait. Mais, un jour, probablement proche, une défaite sportive de trop peut être l’étincelle qui fait sauter la poudrière. Et le football étant la seconde religion des Togolais…

Tommy Sylvestre et le grand Robert Mensah
Mémoires

Le Togo à la CAN 1972. Chronique d’une première et historique qualification

La phase finale de la CAN 1972, le Togo en avait rêvé et avait fait l’essentiel pour gagner le droit d’y participer. Arrivé du Nigéria en début de l’année 1970 pour sa première expérience avec une sélection nationale, le technicien allemand Gottlieb Göller est présenté quelques semaines plus tard au chef de l’Etat togolais, le Général Gnassingbé Eyadema, connu à l’époque sous le nom de : Etienne Eyadema. La délégation était conduite par le président de la FTF, Seyi Mèmène, à l’époque capitaine dans les Forces Armées Togolaises (FAT). Au menu des discussions, la prise en charge de la sélection togolaise qu’on appelait à l’époque, Onze National. La mission de l’Allemand était de qualifier le Togo pour la phase finale de la CAN 1972…

Avec la CAN 1972, la méthode Gottlieb Göller porte ses premiers fruits

Gottlieb Göll
Gottlieb Göller, au milieu, bras levé, était l’entraîneur intérimaire, saison 1969-1970, de Rot-Weiss Oberhausen, club régional Allemand qui joua la montée en Bundesliga.

Pour commencer, Gottlieb Göller, demanda pour diriger la sélection nationale, une ligne budgétaire qu’il voulait gérer en personne. Il exigea ensuite une gestion autonome de la sélection et une indépendance totale de choix en ce qui concerne les membres de son staff technique, le groupe des  joueurs, l’équipe médicale et la logistique. Enfin, il réclama la charge de la planification des activités ainsi que l’élaboration et la gestion de l’agenda de travail de la sélection.

La première doléance du sélectionneur n’avait pas été prise en compte par le Président de la FTF, le Capitaine Seyi Mèmène. Le motif en est que le Capitaine Seyi Mèmène, président de la FTF l’en avait dissuadé en lui affirmant que : « on ne parle même pas de budget pour l’Education ni pour la Santé. Et comment voudriez-vous qu’une ligne budgétaire soit affectée à la sélection ? Le Patron même se charge de tout ». C’est ainsi que Gottlieb Göller nous l’avait expliqué un jour, précisant que « le président de la Fédération lui avait soufflé de ne pas en parler au président de la République, au risque de le contrarier ».

C’est ainsi que, le technicien allemand, dès ses premières séances de travail avec les joueurs convoqués, fut invité personnellement par le Président de la République, Etienne Eyadema, au Camp du Régiment d’Infanterie Togolais où le Chef de l’État avait son domicile. Le Président Étienne Eyadema voulait voir jouer la sélection togolaise en formation. Tout était fait pour mettre les joueurs à l’aise. Et pour la première fois « tout joueur sélectionné avait droit à un salaire mensuel » nous avait raconté feu da Sylveira Adjé, défenseur central de l’Etoile Filante de Lomé .

Dahomey (Bénin) éliminé, le plus difficile restait à faire face au Ghana

Edmond Apity, célèbre sous le nom de Dr Kaolo, buteur face au Dahomey, il fut muselé lors des deux chocs contre la Ghana. Mais il éclaboussa de son talent, la phase finale de la CAN 1972 à Yaoundé
Edmond Apity, célèbre sous le nom de Dr Kaolo, buteur face au Dahomey, il fut muselé lors des deux chocs contre la Ghana. Mais il éclaboussa de son talent, la phase finale de la CAN 1972 à Yaoundé

Il revenait alors juste au sélectionneur de regrouper le meilleur groupe de joueurs, et de faire bien son travail. Première grande épreuve, le premier tour de la CAN 1972 avec pour adversaire, le Dahomey. Le match aller à Lomé le 8 novembre 1970, joué devant les deux chefs d’État togolais Etienne Eyadema et dahoméen Hubert Maga, s’était soldé par une victoire courte (2-1) du Onze National. Kaolo, en première mi-temps, et Amétépé, en seconde partie, furent les auteurs des buts togolais.

Le retour deux semaines plus tard à Cotonou contre l’Écureuil (nom de la sélection du Dahomey, actuel Bénin) offrit un spectacle de résistance de part et d’autre (0-0). Malgré les intimidations exercées contre le gardien de but togolais, Tommy Sylvestre, aucun ballon ne passa hors de sa portée. La qualification pour le tour suivant était acquise.

Le plus difficile restait cependant à faire face au Black Star du Ghana déjà champion d’Afrique deux fois : en 1963, 1965, et finaliste malheureux de la dernière édition devant le Soudan. Ce n’était surtout pas le « petit » Togo qui empêcherait le Ghana de disputer sa 5e phase finale consécutive de CAN. Encore que la manche retour, était prévue sur le sol ghanéen. Les chances togolaises paraissaient donc très minces ! Trop minces pour tenir la dragée haute à Robert Mensah et compagnie. Parmi celle-ci, un certain Ibrahim Sunday, meilleur joueur africain en titre.

Tout un peuple et la sélection nationale

Tommy Sylvestre et le grand Robert Mensah à la fin du match Togo vs Ghana de la CAN 1972
Le choc Togo vs Ghana pour la CAN 1972 fut face à face entre deux talentueux gardiens de but. D’un côté, Robert Mensah, le meilleur du continent, et de l’autre, le jeune Tommy Sylvestre dont l’étoile montait au firmament.

Le 6 juin 1971, ce fut tout un peuple soudé derrière son Onze National et des milliers de supporters venus du Ghana, qui prirent d’assaut les gradins et tribunes du Stade Omnisports Eyadema (Stade Municipal) de Lomé. Plus qu’un match entre 22 acteurs, ce fut plutôt à un face à face entre deux talentueux gardiens de but que les spectateurs eurent à assister. D’un côté, Robert Mensah, le meilleur du continent, et de l’autre, Tommy Sylvestre dont l’étoile montait au firmament.

Autant, Kaolo, malgré sa volonté, n’avait pas pu battre le portier ghanéen de Asante Kotoko, autant, Sunday, malgré la multitude de ses qualités offensives, ne put avoir raison du dernier rempart togolais de l’Etoile Filante de Lomé. Chose remarquable à la fin du match, le géant Robert Mensah s’était dirigé vers Tommy Sylvestre pour lui exprimer toute son admiration. « Quand il m’avait serré la main, j’avais cru serrer du fer. Cet homme était immense. C’était un géant, un baobab, vu ma taille par rapport à la sienne ». Ces mots de Tommy, ce fut son oraison funèbre, lorsque, le gardien ghanéen perdit la vie plus tard, poignardé par un truand dans une bagarre dans un bar…

Une qualification historique pour la CAN 1972

Quelques mois avant son assassinat, Robert Mensah s’était de nouveau retrouvé face à Tommy Sylvestre. On était le 20 juin 1971, à Accra Stadium,  jour du match retour qualificatif pour la CAN Cameroun 1972.

A quelques heures du début de la rencontre, la pelouse d’Accra Stadium, était inondée d’eau. Par pour cause de pluie. La crainte de l’adversaire oblige, les Ghanéens ouvrirent tous les robinets du stade ! Le malin technicien allemand, ayant compris le manège, « commanda très vite de nouveaux crampons pour nos chaussures. Il disait qu’ils s’adapteraient à la pelouse si elle se trouvait bien mouillée ». Cette déclaration de Tommy Sylvestre précédée de celle de feu da Sylveira Adjévi, soutenait également que, « ayant vu les joueurs togolais porter les mêmes crampons qu’eux à l’entrée des vestiaires, les Ghanéens donnaient l’impression d’être déjà menés au score ».

un but d’anthologie signé Ayitégan et le Togo mène à Accra

La rencontre en elle-même fut difficile pour les deux équipes. Et en même temps que Kaolo était muselé, Sunday avait lui aussi de la peine à s’extirper de la vigilance de Fiaty. Chacune des actions, était bien pensée et bien calculée. Avec une interdiction formelle de perdre des ballons au milieu de terrain. 0-0 à la mi-temps, et 0-0 après 60 minutes de jeu, les supporters ghanéens n’en croyaient pas leurs yeux. Ils n’en revenaient pas de voir cette « Équipe du Togo sans référence internationale probante » résister à leur équipe, et même la menacer, par moment.

Le pire se trouvait pourtant devant, avec ce dégagement de Tommy qui trouva Kaolo, dont le centre croise sur son chemin Ayitégan. La frappe à bout portant de ce dernier était imparable. Le ciel, à 20 minutes de la fin de ce duel, venait de tomber sur la tête de tout le Ghana. Il fallait, à partir de là, ne rien lâcher du côté togolais. Surtout au niveau de la base défensive, où les attaquants ghanéens enchaînaient des percées foudroyantes.

Tommy Sylvestre arrête un penalty de Sunday et le Black Star est éliminé

Black Star du Ghana éliminé de la CAN 1972
Black Star du Ghana, double champion d’Afrique des Nations, est éliminé de la phase finale de la CAN 1972. Le Togo y fait une entrée fracassante.

On s’acheminait vers la fin lorsque sur une tentative de dégagement de Da Sylveira Adjévi, l’arbitre de ses yeux de phénix trouva une main. Le défenseur togolais, se trouvant dans la surface de réparation, le coup de pied de réparation (penalty) était accordé au Black Star. C’est alors que, les joueurs togolais, Adjévi y compris, avaient commencé par protester. « Je me suis dirigé vers mon défenseur, Adjévi, pour lui dire que, moi-même je l’ai vu manier le ballon…Tu devrais te taire et laisser jouer ta faute de main, non ? ». Par cette intervention du gardien de but du Togo, Tommy Sylvestre, tous les autres joueurs s’étaient repliés, le laissant seul devant la difficile et fatidique épreuve.

Face donc à Tommy Sylvestre, se tenait altier, Ibrahim Sunday qui avait le ballon de l’égalisation et d’une probable prolongation. « J’étais allé tenir les filets et prier. Je tenais à cet instant dans mes pauvres mains le destin de toute une équipe, de tout un peuple…J’ai regardé le ciel et j’ai dit, Père, que ta volonté soit faite ! ».

Le justicier, lui, avait déjà placé le ballon sur le point de réparation (penalty). Il s’impatientait, Ibrahim Sunday. Et le moment venu, il fit un premier pas. Puis deux… Et puis quoi encore ? « Il a fait semblant de glisser. J’ai alors fait semblant de suivre, et j’ai ouvert grandement un côté, attendait de jaillir sur le côté ouvert s’il advenait qu’il tire par là ». L’exécution de l’opération telle que prévue par le portier togolais, fut ainsi faite. Et dans un élan félin, il repoussa le penalty du meilleur joueur de l’Afrique. Et met fin aux rêves et à la suprématie du Ghana sur le continent.